2025, une année marquée par la hausse des procédures collectives : Le bilan en quelques chiffres

Depuis l’application de la loi n° 2005-845 du 26 juillet 2005, l’Observatoire des Données Économique du Conseil National des Administrateurs judiciaires et Mandataires judiciaires (CNAJMJ) veille à apporter un éclairage statistique sur les différentes procédures amiables et collectives ouvertes chaque année en France.

Les rapports publiés chaque année par l’Observatoire constituent un véritable indicateur de la santé économique des entreprises françaises.

Le 20 janvier 2026, l’Observatoire a publié son bilan pour l’année 2025.

S’il est indéniable que la tendance est toujours clairement à la hausse depuis 2022, jusqu’à atteindre cette année un niveau record depuis la crise de 2008-2009, les derniers chiffres dénotent une légère décélération sur le dernier trimestre 2025 dans la progression du nombre de procédures collectives ouvertes.

Pour les dirigeants, l’enjeu reste le même : anticiper le plus tôt possible les difficultés pour garantir l’efficacité des dispositifs de traitement des entreprises en difficulté.

 

1. Une hausse historique des défaillances d’entreprises : retour à un niveau supérieur au pré-Covid

 

En 2019, dernière année de référence avant la pandémie, environ 51 800 procédures collectives ont été ouvertes en France.

Ce chiffre était tombé à des niveaux exceptionnellement bas les années suivantes sous l’effet des dispositifs de soutien et notamment l’octroi massif des prêts garantis par l’Etat. En 2020, autour de 32 400 procédures collectives ont été ouvertes, et environ 27 600 en 2021.

Depuis, la tendance s’est nettement inversée : environ 40 200 défaillances en 2022, plus de 56 100 en 2023, 65 700 en 2024 et pas moins de 68 057 sur l’année 2025.

Le niveau actuel dépasse ainsi de 32,6 % celui observé avant la crise sanitaire (2019) et rejoint les pics historiques constatés à la suite de la crise financière de 2008-2009 où plus de 63 000 procédures avaient été ouvertes.

Tableau récapitulatif du détail des procédures collectives ouvertures entre 2019 et 2025

Source : chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://www.cnajmj.fr/wp-content/uploads/2026/01/CNAJMJ_Bilan-annuel-2025-des-procedures-collectives-et-des-procedures-de-prevention.pdf

 

Cette hausse s’explique par un effet de rattrapage combiné à des facteurs structurels : le remboursement des prêts garantis par l’État, la hausse du coût du financement, tensions sur les marges et ralentissement de l’activité dans certains secteurs.

Toutefois, bien qu’elle ait atteint un niveau record depuis 2009, l’Observatoire des Données Économique du CNAJMJ constate que cette hausse a tendance à ralentir depuis 2024.

Entre 2023 et 2024, la défaillance des entreprises avait progressé de 17,8 % ; tandis qu’entre 2024 et 2025, elle se rapproche de 3,5 %

A-t-on atteint un pic ? Seuls les chiffres du premier trimestre 2026 pourront nous confirmer cette tendance.

 

2. Le redressement judiciaire redevient un outil central de restructuration

 

Depuis 2020, il est à noter le recours de plus en plus important à la procédure de redressement judiciaire : 13 715 procédures ouvertes en 2019 pour 21 581 en 2025, soit plus de 57 % d’augmentation.

Cette évolution s’explique notamment par :

  • des dirigeants mieux informés qui saisissent plus tôt le tribunal,
  • une volonté accrue de préserver l’activité et l’emploi,
  • une mobilisation plus fréquente des acteurs du restructuring.

Pour les dirigeants, l’ouverture d’une telle procédure n’est plus nécessairement synonyme de disparition de l’entreprise. Ils savent désormais qu’elle peut s’avérer être un outil redoutable pour rebondir en permettant de préserver l’activité et l’emploi ainsi que l’apurement intégral du passif social, et cela, dans un cadre sécurisé.

 

3. L’anticipation des difficultés : la clé du redressement

 

En pratique, le moment auquel les difficultés sont identifiées et traitées demeure le facteur déterminant.

Les situations les plus critiques présentent souvent des caractéristiques similaires :

  • Dégradation progressive de la trésorerie,
  • Dépendance accrue aux délais fournisseurs,
  • Perte d’un client significatif,
  • Tensions bancaires,
  • Absence d’anticipation de la cessation des paiements.

Lorsque la réaction intervient tardivement, les marges de manœuvre juridiques et financières se réduisent considérablement.

Les données disponibles confirment un point essentiel pour les dirigeants : plus la difficulté est traitée tôt, plus les chances de succès sont élevées.

Plusieurs études montrent que les procédures préventives (mandat ad hoc, conciliation) débouchent dans une majorité de situations sur un accord avec les créanciers, souvent estimé à plus de 60 % des dossiers traités.

Lorsque l’entreprise est déjà en procédure collective, les perspectives varient fortement selon le stade d’intervention. La sauvegarde, qui repose par définition sur une anticipation des difficultés, présente des taux d’aboutissement à un plan de continuation significativement plus élevés que ceux observés en redressement judiciaire.

À l’inverse, lorsque la situation financière est déjà très dégradée, le redressement aboutit plus difficilement à un plan durable, avec des taux souvent situés autour de 25 à 30 % selon les analyses économiques disponibles.

Ces données confirment un enseignement constant en pratique : la temporalité est l’un des premiers facteurs de réussite d’une restructuration.

Plus l’entreprise agit tôt, plus les outils juridiques peuvent produire leurs effets et préserver la valeur économique.

 

4. Cinq réflexes à adopter pour les dirigeants en 2026

 

  • Surveiller les signaux faibles

La baisse du carnet de commandes, l’allongement des délais d’encaissement ou l’érosion de la rentabilité doivent être identifiées immédiatement.

 

  • Ne pas attendre la cessation des paiements

Le droit français offre des outils de prévention efficaces, mais leur efficacité dépend de la précocité du recours.

 

  • Structurer l’information financière

Une visibilité claire sur la trésorerie à trois et six mois est souvent déterminante. L’établissement de prévisionnels de trésorerie et d’activité actualisés est le meilleur moyen de rester averti.

 

  • Dialoguer avec les partenaires clés

Banques, actionnaires et fournisseurs sont plus enclins à accompagner une entreprise qui anticipe.

 

  • Se faire accompagner tôt

L’intervention d’un conseil en restructuring en amont permet souvent d’éviter l’ouverture d’une procédure collective ou d’en maîtriser les effets.

 

 

Notre cabinet se tient aux côtés des dirigeants pour les accompagner dans l’anticipation et le traitement des difficultés, de la phase préventive jusqu’à la mise en œuvre des procédures collectives.